L'interview

Soriba, un destin Lillois

Lille, il y est né, il y a grandi et c’est ici qu’il est en train d’éclore. À 18 ans, Soriba Diaoune est un pur produit du Domaine de Luchin. Partons aujourd’hui à la découverte du gamin de Fives, dont le Dogue est floqué sur le cœur depuis l’âge de 8 ans.

 

Un enfant de la Déesse

« Je suis né à Lille, j’ai passé toute mon enfance dans le quartier de Fives. J’y vis même encore aujourd’hui, chez mes parents, qui sont d’origine guinéenne. J’ai deux grands frères : Mohamed, 23 ans et Bassekou, 21 ans. Le premier joue en D1 de futsal, à Montpellier (NDLR, il est également international français U23 en futsal). Le plus jeune, Kalifa, 16 ans, est aujourd’hui à Lambersart. Mais on a tous commencé le foot chez nous, à l’OS Fives. Je sais d’ailleurs que le LOSC a été fondé à partir du SC Fives, un ancien club de mon quartier. »

 

Progresser en jouant avec les grands

« J’ai commencé le foot dans la rue, avant de prendre ma première licence vers 5 ans. Je n’étais pas plus fort que les autres, mais c’est vrai que j’étais habitué à jouer avec des plus grands que moi, grâce à mes grands frères et à leurs copains. J’étais toujours le plus petit et le moins costaud, donc forcément, j’ai appris à éviter les contacts, à développer ma technique et ma rapidité. À force de répéter tes gammes, tu progresses sans même t’en rendre compte. Et vu qu’avec mes frères, on n’aimait pas perdre, j’ai aussi appris à détester la défaite. »

 

Détecté pour faire un essai au LOSC

« Le foot, c’était surtout mon plaisir. J’avais hâte d’aller à l’entraînement le mercredi pour jouer avec mes copains. Vers l’âge de 7 ans, mon club a reçu une lettre de la part du LOSC. J’étais invité à faire un essai avec quelques-uns de mes coéquipiers. C’était un petit plateau avec des joueurs eux aussi détectés dans d’autres clubs. On jouait devant des recruteurs du LOSC. J’ai été qualifié pour le tour suivant, puis encore le suivant. C’est à partir de là que je me suis dit qu’il y avait peut-être un truc à aller chercher au niveau du foot. »

Soriba en 2018-2019 avec le LOSC

 

Et un jour, j’ai reçu une lettre

« Un jour, quand j’avais 8 ans, j’ai reçu une lettre pour me dire que j’étais pris au LOSC. J’avais rendez-vous ici, au Domaine de Luchin, dans le vestiaire où je devais récupérer mes équipements du club. J’étais très fier et très heureux. Je le suis d’ailleurs toujours. Forcément, ma vie n’a plus été la même à partir du moment où j’ai joué au LOSC. Les gens de mon quartier ne me voyaient plus pareil. Ils étaient contents pour moi. Ça fait toujours plaisir de se sentir soutenu. »

 

Fan de Sebastien Corchia

« J’ai toujours aimé le LOSC. C’est le club de ma ville, celui que je supporte depuis que je suis enfant. Le premier joueur que j’ai admiré ici, c’est Sébastien Corchia. J’adorais son jeu sur le terrain. Il y avait aussi Florent Balmont et Rio Mavuba. Quand tu joues au LOSC, tu as parfois la chance de rencontrer les joueurs. Je me souviens qu’à Noël, on pouvait les rencontrer, prendre des photos avec eux et leur faire signer des autographes. On les voyait en vrai. C’était différent de la télé ou du stade. »

Soriba entre sur la pelouse du Stade Pierre Mauroy aux côtés de Marko Basa, en 2016-2017

 

Le sport-étude, puis Luchin. Le rêve se rapproche

« Quand tu arrives au LOSC, tu remarques que le niveau est plus élevé. Les joueurs sont plus techniques et physiques. On commence aussi à apprendre la tactique. Au début, je ressentais un peu de pression, mais je me suis dit que si j’étais là, c’est que j’avais les qualités pour y être. J’ai ensuite intégré le sport-étude au collège Lavoisier de Lomme, puis le lycée du Domaine de Luchin. Quand on est en préfo’, on rêve tous de venir à Luchin après la 3ème. C’est le centre de formation, ça signifie qu’on franchit un nouveau palier, qu’on s’entraîne tous les jours. On se rapproche du but. Je me disais que je devais continuer de travailler encore plus que les autres. »

 

Buteur face au Real Madrid

« La saison dernière, on a eu la chance de participer à la Youth League. On peut dire que c’est un peu un rêve. C’est quand même la Champions League des jeunes. En plus, on a réalisé un beau parcours et on s’est qualifié pour les 16èmes de finale (défaite 3-1 face à l’Inter Milan). J’ai joué et j’ai marqué (7 matchs, 2 buts contre le Real Madrid et Sturm Graz). C’est aussi la saison où j’ai découvert le foot sénior avec la réserve, d’abord, puis avec le groupe pro. Là, j’ai senti une différence dans l’intensité. Plusieurs choses changent, dans la prise d’informations sur le terrain, par exemple. À l’entraînement, tu dois être à fond du début à la fin. Il n’y a pas de moment de flottement. »

 

Un modèle nommé Olivier Giroud 

« Le groupe pro m’a bien accueilli. Je suis quelqu’un d’assez discret donc au départ, je restais dans mon coin, je ne voulais pas en faire de trop. J’essayais surtout de me montrer sur le terrain, mais de ne pas faire de bruit, ni de trop parler. Ce sont les cadres qui sont venus vers moi pour m’intégrer. C’est évidemment une chance de côtoyer des joueurs d’expérience. À mon poste, je pense surtout à Olivier Giroud. À l’entraînement, je prends tout ce qu’il me donne. Il me parle beaucoup, me montre des trucs que je peux améliorer. Il est vraiment derrière tous les jeunes, pour nous aider. Je n’ai pas d’exemples précis, mais ça peut être des conseils sur certains déplacements à faire en fonction du défenseur. C’est un grand attaquant avec une immense carrière. »

 

Un banc en Ligue 1, une prépa’ estivale et puis…

« J’ai connu mon premier banc en Ligue 1 la saison dernière à Rennes (0-2, le 16/02/25). J’étais un peu stressé. Il y avait le public et tout. En plus, le coach m’a demandé d’aller m’échauffer pendant la rencontre, donc à ce moment-là, je me suis dit que ça y est, j’allais peut-être commencer ma carrière. Finalement je ne suis pas entré, mais on a gagné. C’était le plus important. Ensuite, il y a eu la prépa avec les pros l’été dernier. Physiquement, c’était plus dur. J’avais un peu de mal au début, il a fallu s’adapter à cette nouvelle charge de travail. »

 

… La plongée dans le grand bain

« Mes premières minutes, c’était en Europa League, en fin de match contre Brann (2-1, le 25/09/25). Quand je rentre, je sais qu’il y a toute ma famille en tribune. Je suis là, dans le stade ou j’ai toujours rêvé de jouer quand j’étais petit. Forcément ça fait quelque chose. Je me dis que c’est bien ce que j’ai fait, que c’est le début de quelque chose, mais que je dois continuer de travailler pour revivre ce genre de chose. Je suis à la fois fier, mais en même temps je me dis que je me dois d’aller encore plus haut. »

 

Un but inoubliable

« Mon premier but ? (il sourit) C’était à Auxerre (3-4, 14/12/25). Il y a eu plusieurs émotions en même temps. Sur le coup, je ne savais pas trop quoi faire après avoir marqué. J’étais très heureux, dans une sorte d’euphorie, mais en même temps, le match n’était pas terminé. Puis après, quand je suis rentré au vestiaire et que j’ai pris mon téléphone, j’ai vu tous les messages de ma famille qui n’avait pas pu venir à Auxerre, mais aussi de gens que je n’avais pas vus depuis longtemps et qui étaient heureux pour moi. Ça m’a rendu très fier. Surtout que le LOSC est mon club. J’ai tout connu ici. Lille est ma ville. C’est encore plus fort. »

 

 

Progresser devant le but

« Mon rêve serait de gagner un titre avec le LOSC, mais aussi pour cette saison d’aller chercher une qualification européenne. À titre personnel, je dois surtout progresser. En priorité, je voudrais m’améliorer dans le travail devant le but, dans la finition du pied et de la tête, mais aussi sur mes premières touches de balle. J’essaye de m’inspirer de joueurs comme Dembélé ou Neymar qui sont polyvalents comme j’essaye de l’être. Ils peuvent jouer sur les côtés, en 10 ou en 9. »