L'interview

Caroline La Villa : "Mon rôle, c’est de faire en sorte que le projet tourne, des plus petites aux plus grandes".

Directrice du centre de formation féminin depuis cette saison, Caroline La Villa a répondu à quelques- unes de nos questions pour mieux connaitre ses nouvelles fonctions et les objectifs du centre de formation féminin du LOSC.

Caroline La Villa, lilloise d'adoption depuis bientôt dix ans

Est-ce que vous pouvez présenter votre rôle dans le centre de formation féminin ?
Je suis originaire de Montpellier, j’ai été formée en tant que joueuse, et j'ai poursuivi un parcours de joueuse à Montpellier, puis Saint-Étienne et Guingamp, avant d’arriver au LOSC. J'ai joué de 2016 à 2020 à Lille, et je suis devenue entraîneuse de l’équipe U19 directement après la fin de ma carrière de joueuse. Pendant ma période de joueuse, j’occupais davantage un rôle de coordination des équipes jeunes, tout simplement parce que l’emploi du temps de joueuse ne me permettait pas d'entraîner des catégories plus âgées. Je suis restée cinq années à la tête de l’équipe U19 avant de me détacher de ce poste cette année.

Le fait de me détacher d’une équipe en particulier m’a permis d’avoir plus de liberté sur la globalité du projet, des plus jeunes aux joueuses plus âgées. Aujourd'hui, j'occupe le rôle de directrice du centre de formation et, finalement, il s’agit d’une coordination de toute l'académie, de l’éveil à la formation.

Est-ce que vous pouvez présenter rapidement le centre de formation féminin du LOSC ?
Pour parler de l’académie, notre projet commence dès les U8, qui combinent deux générations, puis l’école de foot (U9 et U11), la préformation (U13 et U15) et le centre de formation pour les joueuses qui ont entre 16 et 19 ans. Dès lors que les filles intègrent la préformation, elles sont en section sportive. L’idée est d’avoir un groupe d’entrainement U19 qui regroupe des joueuses entre 16 et 18 ans et qu’elles puissent intégrer progressivement le groupe de l’équipe première. 

La passerelle permet également aux jeunes joueuses de l’équipe première de venir jouer en championnat U19 le week-end pour garder le rythme de la compétition et avoir du temps de jeu. Les filles s’entraînent quatre à cinq fois par semaine, afin que les séances soient alignées avec celles de l’équipe première en cas de besoin. Cela permet d’avoir un lien et être sur le même site sur l’ensemble de la section féminine.


Le centre formation, prolongement d'un projet déjà existant

Et comment est venue l'idée de créer un centre de formation au LOSC ?

La section sportive du lycée Jean Perrin existe depuis neuf ans, donc finalement c'est juste une continuité de ce projet. La différence principale est le cahier des charges beaucoup plus complet avec un encadrement technique, médical et des infrastructures de qualité. Le centre de formation émerge simplement de la volonté de la direction de s’appuyer sur un projet de formation pour amener un maximum de joueuses en équipe première, en s’appuyant sur des bases solides.

Comment expliquez-vous que le LOSC soit le seul centre de formation de Seconde Ligue ?
Aujourd'hui je pense qu'on a un temps d’avance tout simplement parce qu'on mutualise beaucoup de choses avec les garçons. Je prends l'exemple de la préformation finalement c'est véritablement calqué sur ce qui se faisait chez les garçons pour vite impacter et impulser quelque chose chez les filles. Donc finalement on s'inspire de beaucoup de choses, et je voudrais insister sur cette mutualisation avec les garçons qui fait notre force, nous au niveau féminin. 

Que ce soit sur l'extra sportif, logistique et administratif, mais aussi sur le sportif où il y a de nombreux échanges. Alors bien sûr qu’il ne s’agit pas de calquer un projet féminin, à un projet garçon, parce que le modèle économique n'est pas du tout le même. Cependant, on s'en inspire et dans notre monde à nous, ça colle par rapport à nos contraintes et par rapport à nos objectifs.


Un accompagnement des jeunes joueuses en quatre points

Comment vous accompagnez les jeunes joueuses dans une double réussite, sportive et scolaire ?
C’est même un triple projet sportif, éducatif et scolaire, mais il y a un gros accompagnement qui est fait au niveau des joueuses. Sur le plan sportif, on souhaite stabiliser au maximum la joueuse sur son projet. Ne pas être sur des projets d’un an, mais plutôt de trois ans. Donc ce qui leur amène à avoir une stabilité et une projection sur le long terme pour qu’elles puissent se développer petit à petit. Finalement, nos stratégies reposent sur quatre grands points :

Le premier, c’est le recrutement des joueuses qui rentrent au centre de formation. On veut recruter intelligemment. Quand je parle de recrutement, c’est en provenance d’autres clubs, mais aussi dans notre préformation. Il y a aussi une volonté d’équilibre sur chaque poste pour ne pas faire d’embouteillage.
Le deuxième, c’est développer la joueuse autour d’un projet. Une méthodologie de formation forte, alignée des petites aux grandes, qui a une continuité sportive et est individualisée à chacune. Cela passe par la fixation d’objectifs, par du travail spécifique au poste, sur des besoins sur le plan musculaire, mais aussi par de la prévention individualisée. Dans l’accompagnement mental également. Il y a des joueuses qui ont besoin d’être rassurées en permanence, il y a des joueuses qui ont besoin d’être boostées, qui ont besoin d’être poussées, donc l’idée, c’est de bien connaître la joueuse pour individualiser au mieux le projet autour d’elle.
Le troisième point de la formation, c’est la protection de la joueuse dès lors qu’elle intègre le centre de formation. La protéger contractuellement, médicalement et mentalement. Il faut parfois accepter de perdre un peu de temps au démarrage pour, finalement, en gagner dans la durée. Sur le plan mental, mon enjeu est de permettre aux joueuses de se focaliser uniquement sur le football. Maîtriser tout ce que je peux, c’est faire en sorte qu’elles soient dans les meilleures conditions. Répondre à leurs besoins scolaires notamment, c’est leur permettre de se libérer d’une pression qui peut parfois se ressentir sur le terrain. C’est la même chose sur le plan social, puisque ce sont des jeunes filles en construction.

Enfin, le quatrième point est de les accompagner sur le plan professionnel. Être vraiment sur un projet personnalisé par rapport aux besoins de la joueuse.


DISCIPLINE, RESPECT et aventure humaine

Quels sont les objectifs du centre de formation à court, moyen et long terme ?
Les objectifs sont clairs : amener un maximum de joueuses en équipe première. C’est le premier indice de performance que l’on peut déterminer. Le deuxième, c’est d’avoir un maximum de bachelières (100% l’année dernière) qui poursuivent des études. Enfin, le troisième indice, c’est le temps de jeu en équipe première des joueuses qui proviennent de la formation. Notre projet à deux ans, mais on souhaite l’optimiser chaque année et on se rend compte que c’est beaucoup avec l’expérience et le partage qu’on fait évoluer les choses.

Comment jugez-vous l'évolution du football féminin ces dernières années ?
Positive. Beaucoup de choses sont mises en place par la Ligue de Football Féminine Professionnelle pour structurer les choses donc ça avance. Je pense qu'il est difficile et délicat de comparer le modèle garçon à celui des filles et je reste convaincue qu’il ne me faut pas le comparer. Maintenant ça évolue et c'est plutôt positif.

Qu'est-ce qui vous anime personnellement dans le projet de formation ?
L’humain. C’est assez précis mais ça englobe pour autant un tas de chose. Pouvoir observer le développement d’un point A à un point B avec des étapes à franchir chez une joueuse est toujours quelque chose de particulier pour nous formateurs et membres du centre de formation. Mon rôle, en tant que directrice du centre de formation, c’est de faire en sorte que le projet tourne, des plus petites aux plus grandes.

Avez-vous le sentiment que votre passé de joueuse vous apporte quelque chose dans votre rôle actuel ?
Énormément. J'ai l'impression de me revoir à chaque étape de ma carrière. Mon expérience de joueuse m’apporte énormément et je ne pense pas que j’aurais pu avoir le même rôle sans cette carrière. J’ai eu la chance de vivre la même chose que les joueuses, j’ai vécu les réussites, les défaites, les blessures. Toutes ces expériences là me donne l’impression de pouvoir régler les problèmes plus rapidement parce que je les comprends mieux.

Y’a-t-il un message que vous voulez absolument transmettre aux joueuses que vous formez au centre de formation ?
Oui, s’il y a un mot fort que je voudrais transmettre, c’est le mot discipline. Il est valable pour les joueuses bien sûr mais il est aussi valable pour tout le monde. Finalement la discipline est au quotidien et c’est ce qui fait gagner en exigence autant sur le plan sportif que sur le reste. Le respect est également une valeur que l’on doit absolument transmettre aux jeunes générations.